Vous traversez un divorce en Tunisie et la question de la pension alimentaire vous préoccupe ? C’est normal. C’est souvent la question la plus chargée émotionnellement – et pourtant, c’est aussi l’une des moins bien comprises. Qui est réellement obligé de payer ? Sur quelle base le juge fixe-t-il le montant ? Et que se passe-t-il si l’autre parent refuse tout simplement de s’exécuter ?
Voici ce que dit réellement le droit tunisien, sans jargon inutile.
Ce que la loi tunisienne appelle « nafaqa »
En Tunisie, la pension alimentaire porte un nom précis : la nafaqa. Elle est régie par le Code du Statut Personnel (CSP), promulgué le 13 août 1956 – l’un des textes les plus progressistes du monde arabe à l’époque, et qui reste aujourd’hui le socle du droit de la famille tunisien.
L’article 46 du CSP pose une règle claire : les aliments sont dus aux enfants jusqu’à leur majorité, et même au-delà si l’enfant poursuit des études ou se retrouve dans l’incapacité de subvenir à ses besoins. Ce n’est donc pas une faveur accordée à la discrétion de l’un des parents – c’est une obligation légale, exécutoire, et dont le non-respect entraîne des sanctions pénales.
Autre précision importante : la pension alimentaire est due à l’enfant même si la mère se remarie après le divorce. Le remariage de la mère ne supprime pas le droit des enfants.
Qui est obligé de payer ?
Dans la très grande majorité des situations, c’est le père qui doit verser la pension alimentaire. L’article 52 du CSP établit que la charge des aliments incombe au parent qui n’a pas la garde, et en pratique, les tribunaux tunisiens confient la garde à la mère dans environ 95 % des cas. Le père, qui bénéficie d’un droit de visite, est donc celui qui paie.
Mais attention : la règle n’est pas absolue. Si c’est le père qui obtient la garde des enfants, c’est la mère qui peut être tenue de contribuer selon ses revenus. La loi tunisienne vise l’équilibre entre les capacités financières des deux parents et les besoins réels de l’enfant – pas une punition d’un parent envers l’autre.
Par ailleurs, la pension alimentaire peut concerner la mère elle-même. Lorsque le mariage a été consommé, le mari doit des aliments à son ex-épouse pendant la période de « idda » (délai légal post-divorce). Cette obligation s’éteint à la fin de ce délai, sauf convention contraire ou dommages-intérêts accordés par le juge.
Comment le juge calcule-t-il le montant ?
Il n’existe pas de barème officiel fixe en Tunisie. Le juge dispose d’un pouvoir d’appréciation large, encadré par deux paramètres fondamentaux : les revenus du débiteur et les besoins réels de l’enfant.
En pratique, les tribunaux s’appuient sur des pourcentages indicatifs des revenus nets :
- Un enfant : environ 20 à 30 % des revenus du père
- Deux enfants : entre 30 et 40 %
- Trois enfants ou plus : jusqu’à 50 %
Les montants varient considérablement selon le niveau de vie de la famille. Pour un foyer modeste, la pension peut s’établir autour de 200 dinars par mois par enfant. Pour une famille au niveau de vie plus élevé, elle peut dépasser les 1 000 dinars mensuels. Ce qui compte, c’est que l’enfant continue à bénéficier d’un niveau de vie conforme à ce qu’il connaissait avant le divorce.
Le juge examine aussi des éléments concrets : frais de scolarité, dépenses médicales, activités extrascolaires, frais de logement si la mère a dû quitter le domicile conjugal. Un dossier bien documenté fait toute la différence. C’est précisément pourquoi le Cabinet Maître Hajer Jmal prépare des dossiers de pension incluant l’ensemble de ces justificatifs – fiches de paie, relevés bancaires, factures scolaires – pour que le montant alloué reflète la réalité et non une estimation approximative.
Pour en savoir plus sur le lien entre garde des enfants et pension, consultez la page dédiée à la garde des enfants et pension alimentaire en Tunisie.
La pension alimentaire peut-elle être révisée ?
Oui, et c’est souvent nécessaire. Une décision de pension rendue il y a trois ans ne tient plus compte d’une promotion professionnelle du père, d’un licenciement, d’une maladie grave de l’enfant ou de l’entrée dans des études supérieures.
Toute révision nécessite une nouvelle procédure judiciaire. L’un ou l’autre parent peut la demander en prouvant un changement significatif de situation. À la hausse si les revenus du père ont augmenté ou si les besoins de l’enfant ont grandi. À la baisse si le débiteur traverse une période de difficultés financières réelles et documentées.
Le juge ne révise jamais la pension à la légère. Il faut des preuves, pas des déclarations. Et il faut anticiper : attendre que la situation devienne critique avant de saisir le tribunal, c’est perdre des mois de protection financière.
Que faire si la pension n’est pas payée ?
C’est la question qui revient le plus souvent – et la réponse est claire : le non-paiement volontaire de la pension alimentaire est un délit pénal en Tunisie.
L’article 53 bis du CSP, confirmé par la jurisprudence récente, prévoit des sanctions pouvant aller jusqu’à une peine d’emprisonnement de 3 mois à 1 an, en plus du paiement des arriérés. Concrètement, dès qu’un mois s’écoule sans paiement, la voie pénale est ouverte : dépôt de plainte auprès du procureur de la République, ouverture d’une enquête, puis audition devant le tribunal cantonal.
Mais il existe aussi une solution complémentaire : le Fonds de Garantie de la Pension Alimentaire, géré par la CNSS (Caisse Nationale de Sécurité Sociale). Ce fonds, créé par la loi n°1993-0065 du 5 juillet 1993, peut intervenir pour avancer le versement de la pension durant une période de 8 mois lorsque le débiteur ne s’exécute pas. Il se retourne ensuite contre lui pour récupérer les sommes avancées. C’est un filet de sécurité concret pour les mères en situation de vulnérabilité immédiate.
En avril 2026, la ministre tunisienne de la Femme a annoncé un projet de loi en cours d’élaboration pour réformer ce système de pension alimentaire et de rente de divorce – preuve que le sujet reste au cœur des débats législatifs.
Dois-je engager une action en pension avant le divorce ?
C’est une question stratégique souvent sous-estimée. Beaucoup de personnes pensent que la pension sera automatiquement réglée dans le jugement de divorce. C’est partiellement vrai – mais attendre le jugement final, qui peut prendre 6 mois à 2 ans selon la procédure de divorce en Tunisie, c’est risquer de traverser cette période sans ressources stables.
Une action autonome en pension alimentaire, déposée devant le juge cantonal territorialement compétent avant même d’engager le divorce, permet d’obtenir un titre exécutoire rapide. Ce titre est indépendant de la procédure de divorce : il protège dès maintenant, indépendamment du délibéré final.
C’est l’une des recommandations centrales de Maître Hajer Jmal : ne jamais entamer une procédure de divorce conflictuelle sans avoir d’abord sécurisé la pension. Sinon, le conjoint peut utiliser la « famine financière » comme levier de pression pour obtenir des concessions inacceptables. La pension n’est pas une question secondaire – c’est la base de votre indépendance pendant toute la durée de la procédure.
Pour comprendre comment choisir la forme de divorce adaptée à votre situation, l’article sur le divorce pour faute en Tunisie apporte des éclairages utiles.
Ce que la pension ne couvre pas (et ce qu’on peut demander en plus)
La pension alimentaire couvre les besoins courants de l’enfant : alimentation, vêtements, logement, santé de base, scolarité ordinaire. Mais elle ne couvre pas tout. Les frais exceptionnels – hospitalisation, orthodontie, séjours linguistiques, frais d’inscription dans une école privée coûteuse – peuvent faire l’objet de demandes distinctes.
Ces dépenses extraordinaires sont généralement réparties entre les deux parents au prorata de leurs revenus respectifs, sur décision du juge ou par accord amiable. Si vous n’anticipez pas ces postes dans votre demande initiale, vous risquez de devoir engager une procédure supplémentaire plus tard.
Il y a aussi la rente de divorce (mou’a), distincte de la pension alimentaire. Elle est due à l’épouse lorsque le divorce lui cause un préjudice moral ou matériel, notamment dans les cas de divorce unilatéral à l’initiative du mari. Son montant est fixé par le juge et peut représenter plusieurs mois ou années de revenus selon les circonstances.
Ce que vous devez retenir
La pension alimentaire en Tunisie n’est pas un sujet qui se règle seul. Le texte de loi est clair, mais son application dépend de la qualité du dossier présenté, du timing des actions engagées et de la connaissance précise des mécanismes disponibles – y compris le Fonds de Garantie et la voie pénale.
Si vous êtes en plein divorce ou si vous anticipez une séparation, ne laissez pas la question financière au hasard. Consultez un avocat spécialisé en droit de la famille à Tunis avant d’entamer toute démarche. Un rendez-vous préventif peut éviter des mois de précarité.
Vous avez des questions sur votre situation ? Contactez le cabinet pour une consultation personnalisée.



