Garde des enfants et pension alimentaire en Tunisie : tout ce qu’il faut savoir

La garde des enfants et la pension alimentaire sont deux questions essentielles lorsqu’un divorce intervient en Tunisie. Elles concentrent la majorité des inquiétudes, car elles touchent directement à la stabilité émotionnelle et matérielle de l’enfant. Le droit tunisien repose sur un principe central : l’intérêt supérieur de l’enfant doit guider chaque décision. Ainsi, le juge analyse toujours ce qui garantit le mieux sa sécurité, son équilibre et son bien-être, indépendamment des tensions entre les parents.

Comment le juge décide-t-il de la garde des enfants ?

Pour déterminer la garde, le juge de la famille analyse chaque situation de manière globale, avec un seul objectif : préserver l’intérêt supérieur de l’enfant. Contrairement aux idées reçues, il n’existe pas d’âge fixe qui détermine automatiquement la garde. Le juge examine la capacité de chaque parent à offrir un environnement stable, sécurisant et propice au développement de l’enfant. Ce qui compte réellement, ce n’est ni le niveau de revenus ni la propriété d’un bien, mais la disponibilité du parent, sa stabilité émotionnelle, la qualité de la relation avec l’enfant, et sa capacité à assurer la continuité scolaire et éducative.

À partir de 15 ans, l’enfant peut exprimer son souhait. Le juge écoute son avis et en tient compte, tant que ce choix ne met pas l’enfant en danger et n’est pas le résultat d’une pression ou d’une manipulation.

Le rôle décisif du logement familial

Dans les décisions de garde, un élément a un poids particulier : le logement familial.
La loi tunisienne accorde une importance majeure à la stabilité matérielle et psychologique de l’enfant. Ainsi, lorsque le père est propriétaire de la maison où vivent les enfants et que ceux-ci sont mineurs (moins de 18 ans), le juge peut décider immédiatement :

  • que la mère garde les enfants,
  • que les enfants restent dans leur logement habituel,
  • et que la mère continue d’occuper la maison, même si le bien appartient légalement au père.

Il ne s’agit absolument pas d’un transfert de propriété :

  • la maison reste la propriété du père,
  • mais l’usage du logement est attribué à la mère dans l’intérêt des enfants, jusqu’à leur majorité.

Le raisonnement du juge est simple : changer un enfant de maison, d’école ou d’environnement au moment d’un divorce peut créer une rupture affective et psychologique importante. Pour éviter cette instabilité, le juge privilégie le maintien du cadre de vie que l’enfant connaissait avant la séparation.

À partir de 15 ans, l’enfant peut exprimer son souhait. Le juge écoute son avis et en tient compte, tant que ce choix ne met pas l’enfant en danger et n’est pas le résultat d’une pression ou d’une manipulation.

Une décision souvent globale : garde + pension + logement

Dans la majorité des affaires familiales, le juge rend une décision qui regroupe trois éléments essentiels :

  1. La garde des enfants, généralement confiée à la mère, sauf circonstances graves.
  2. La pension alimentaire, que le père doit verser immédiatement pour répondre aux besoins des enfants (logement, nourriture, santé, éducation).
  3. L’attribution de l’usage du logement familial, afin de préserver la stabilité quotidienne de l’enfant.

Cette approche reflète le principe fondamental du droit de la famille en Tunisie :
l’enfant doit conserver un environnement stable, sécurisé et adapté à son développement, même si cela implique que la mère occupe temporairement un bien appartenant au père.

Les circonstances exceptionnelles : quand la garde peut être retirée à la mère

Le principe de base en droit tunisien est que la mère reste, dans la majorité des cas, la personne la plus à même d’assurer la garde, surtout dans les premières années. Cependant, la garde peut être retirée si des circonstances exceptionnelles prouvent que l’enfant risque de ne pas recevoir les soins, la stabilité ou la protection dont il a besoin.

Ces circonstances peuvent être variées, mais reposent toujours sur l’idée que le bien-être de l’enfant est menacé. Le juge évalue notamment :

👉 Le comportement de la mère : si son mode de vie met en danger l’enfant, si elle ne respecte pas ses obligations parentales, ou si elle expose l’enfant à un environnement instable ou dangereux. Cela inclut par exemple des comportements graves, des conduites à risque, ou l’introduction de personnes dans le foyer qui compromettent la sécurité ou l’équilibre moral de l’enfant.

👉 Son état psychologique : si la mère souffre de troubles importants qui l’empêchent d’assurer la garde correctement, le juge peut estimer que le père ou un autre proche offre un environnement plus sûr et plus stable.

👉 Sa capacité à s’occuper concrètement de l’enfant : le juge évalue la disponibilité, l’organisation du quotidien, la capacité à suivre la scolarité, à assurer la santé et l’éducation de l’enfant. Un manque grave de prise en charge peut justifier une révision de la garde.

👉 L’abandon ou le désintérêt manifeste : si la mère s’absente sur de longues périodes, ne participe plus aux besoins de l’enfant ou le néglige, cela peut constituer un motif sérieux.

👉 Les situations de danger : violences, maltraitance, exposition à des conflits permanents, consommation de substances, ou toute situation mettant la sécurité de l’enfant en péril.

Dans tous les cas, le retrait de la garde reste une mesure exceptionnelle. Le juge ne prive jamais une mère de la garde sans raisons graves, claires et prouvées. La décision est toujours prise dans l’unique but de protéger l’enfant.

Lorsque le père affirme que l’enfant n’est pas bien chez la mère, le juge ne se base jamais uniquement sur ces déclarations. Pour vérifier la réalité, il peut ordonner une enquête sociale menée par un assistant social neutre. Celui-ci se rend au domicile de la mère, observe les conditions de vie, l’hygiène, la stabilité émotionnelle, le suivi scolaire et l’environnement familial. Il peut aussi parler avec l’enfant selon son âge. Son rapport est essentiel : il permet au juge de connaître la situation réelle et de décider, en toute objectivité, du maintien ou non de la garde, toujours dans l’intérêt de l’enfant.

Quels types de garde existent en Tunisie ?

1. La garde exclusive

C’est la solution la plus courante. L’enfant vit principalement avec un parent, tandis que l’autre exerce son droit de visite et d’hébergement, généralement un week-end sur deux et une partie des vacances scolaires. Ce système s’adapte facilement selon les besoins de l’enfant et les contraintes des parents.

3. La garde partagée

Dans ce cas, l’enfant a une résidence principale, mais passe un temps régulier et important chez l’autre parent. C’est un compromis qui permet de maintenir une présence équilibrée des deux parents dans la vie de l’enfant.

Comment est calculée la pension alimentaire ?

La pension alimentaire vise à garantir à l’enfant un niveau de vie conforme à ses besoins et à la situation financière de ses parents. Les tribunaux appliquent généralement un barème indicatif correspondant à un pourcentage des revenus nets : autour de 20 à 30 % pour un enfant, 30 à 40 % pour deux enfants et 40 à 50 % pour trois enfants ou plus. Mais le juge examine également les besoins concrets de l’enfant, comme les frais de scolarité, les dépenses médicales, l’alimentation, les vêtements ou encore les activités extrascolaires.

Les montants varient donc en fonction du mode de vie familial et peuvent aller de 200 dinars par mois pour un foyer modeste à plus de 1 000 dinars pour une famille au niveau de vie plus élevé. La pension alimentaire peut être révisée si la situation des parents change, notamment en cas d’augmentation ou de diminution significative des revenus ou si les besoins de l’enfant évoluent. Toute révision nécessite une nouvelle procédure judiciaire.

Quels sont les droits et obligations des parents après le divorce ?

Le parent qui détient la garde prend en charge les décisions du quotidien : scolarité, santé, activités et organisation familiale. Les décisions majeures, comme un changement d’école, un voyage à l’étranger ou une intervention médicale importante, doivent toutefois être prises conjointement ou autorisées par le juge. Le parent non gardien conserve un droit de regard sur l’éducation de l’enfant, même lorsqu’il verse une pension alimentaire. Il a également le droit d’entretenir des relations régulières avec son enfant grâce au droit de visite et d’hébergement, considéré comme un droit fondamental. Ce droit ne peut être suspendu que dans des situations graves, comme des violences, des comportements dangereux ou une mise en danger pour l’enfant.

Que faire en cas de non-paiement de la pension ou de non-respect des décisions ?

Le non-paiement de la pension alimentaire constitue en Tunisie un délit pénal. Lorsqu’un parent refuse volontairement de payer la pension malgré ses moyens, l’autre parent peut déposer une plainte directement auprès du procureur de la République. Cette plainte entraîne automatiquement l’ouverture de poursuites, pouvant mener à une condamnation devant le tribunal cantonal, selon la nature du dossier. Les sanctions peuvent inclure une peine d’emprisonnement ainsi que le paiement des arriérés.

Dans la pratique, la plainte est déposée au parquet, qui ouvre une enquête, auditionne les parties, puis transmet le dossier au tribunal compétent pour jugement.

Et si la mère empêche le père d’exercer son droit de visite ?

Lorsque la mère détient la garde mais bloque volontairement les visites du père, elle commet également une infraction. La loi tunisienne sanctionne toute personne qui refuse de présenter l’enfant à celui qui détient légalement un droit de visite ou de garde.

« Dans le cas d’un jugement provisoire ou définitif relatif à la garde, si le père, la mère ou toute autre personne refuse volontairement de présenter l’enfant à celui qui a légalement le droit de le demander, l’éloigne, le cache ou le retire de son lieu de garde, même sans ruse ni violence, il est puni d’un emprisonnement de trois mois à un an et/ou d’une amende de 24 à 240 dinars. »

En d’autres termes, refuser de présenter l’enfant (même sans violence ) constitue un délit puni par la loi.

Ce texte s’applique notamment lorsque :

  • la mère empêche le père d’exercer son droit de visite ;
  • le père refuse de rendre l’enfant après une visite.

Le juge peut également modifier les modalités de visite si l’un des parents ne respecte pas les décisions judiciaires ou perturbe l’équilibre de l’enfant.

Et si le père n’exerce pas son droit de visite ?

À l’inverse, si le parent non gardien n’exerce pas son droit de visite, ne maintient pas de contact ou agit de manière perturbatrice, le juge peut :

  • réorganiser les visites,
  • réduire leur fréquence,
  • ou prévoir un cadre de visite surveillé si cela est nécessaire pour le bien-être de l’enfant.

L’objectif reste toujours de protéger l’intérêt supérieur de l’enfant.

Comprendre les recours juridiques en cas de non-respect des décisions familiales

Quels sont les droits et obligations des parents après le divorce ?

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